MRA 465 p22 - Août 1978 - Frédéric Nikitenko
Le 28 mai, à Montargis, il s'est passé deux choses : d'abord, un classique concours de vol libre "du dimanche", organisé par la section Jean Mermoz et, en même temps, le premier concours de maquettes 66, à l'initiative des Cheminots. Les deux événements allaient très bien ensemble et voici pourquoi : après une assez longue absence, le soleil était de retour mais, malheureusement, accompagné par du vent. En "fédéral", la taille du terrain rendait dangereux les indispensables maxis, à cause de la proximité des bois. Finalement, un certain nombre de modélistes, pas trop masochistes, plutôt que de risquer coupes, wakes ou planeurs, ont vite préféré faire voler leurs maquettes 66 qui, de façon surprenante, se sont très bien comportées dans le vent. Mais, d'abord, de quoi s'agit-il exactement ?
Depuis trois ou quatre ans, à la suite d'une impulsion donnée par des gens comme Pouliquen et Lepage, sans doute dans le but sournois de "débusquer" d'éventuels amateurs de "vol libre" qui resteraient timidement cachés dans leur coin*, on a assisté en France à un regain d'intérêt pour la maquette-caoutchouc de petite taille, essentiellement avec le mouvement "peanut". Par la même occasion, on a aussi vu apparaître parfois quelques nouvelles têtes sur les terrains de vol libre. A présent, un nouveau pas a été franchi et, cette fois, c'est Christian Men-get qu'il faut féliciter de cette initiative. Le double-cacahuète d'extérieur présente à mon sens de grandes qualités, car la formule est séduisante et vraiment à la portée des débutants. D'abord, il suffit, pour s'en persuader, de voir voler ces machines équipées de simples hélices en plastique (genre sterling). Ensuite, il n'y a pas là, comme en gymnase, de murs ou de plafond à éviter et c'est d'autant plus facile à régler. Enfin, les plans de cacahuètes ne manquent pas et il n'est pas difficile d'en doubler les cotes. De toutes façons, il existe quelques kits qui font l'affaire (par exemple, le Fairchild 24 ou le Me 109 de chez Guillow, et d'autres aussi, en polystyrène, de chez Monogram). Le règlement, car il en faut un, (envergure maxi 66 cm, diamètre maxi de l'hélice égal au 1/3 de l'envergure, tolérances diverses, etc...) a été conçu pour faciliter les choses, l'examen statique étant des plus bienveillants. Mais, surtout, il faut dire qu'on ne peut pas rester insensible devant ces évocations translucides et silencieuses d'avions qu'on affectionne (que l'on "sent") et dont on respecte, au-delà des formes, l'esprit même. D'ailleurs, ce n'est sans doute pas par hasard que René Jossien et Jean-Louis Dubuc ont construit des modèles dont ils avaient déjà réalisé la cacahuète (les plans sont parus dans ces pages). Et puis, on fait revivre des avions disparus ; par exemple, grâce à Cartigny, je sais maintenant l'effet que ça fait de voir un Focke Wulf traverser le ciel comme une flèche... Dimanche 28, c'était un début prometteur : il y avait déjà une dizaine de participants, malgré le peu de battage préparatoire et on a pu voir des nouveaux et des cadets, pas complexés pour un sou, avec par exemple des Lacey M10 éléphantesques dans lesquels ils auraient pu rentrer le bras pour accrocher l'écheveau ! D'une façon générale, les vols étaient d'une splendeur et d'un réalisme rarement atteints auparavant, selon les dires des "Anciens". En définitive, c'est notre spécialiste, René Jossien — heureux homme ! — qui a le mieux volé, avec notamment un époustouflant vol déthermalisé à 2'10. En gros, les modèles effectuaient des vols de l'ordre de 30 secondes, ce qui est bien assez pour les savourer, et pas assez pour avoir ce plaisir gâché par la peur de les perdre. L'examen des photos et des résultats vous donnera toutes indications concernant le choix des modèles et leurs performances. Pour fixer les idées, le Leningradec vainqueur pèse environ 50 g, auxquels il faut ajouter 15 g de caoutchouc (en 6 brins de 3 x 1) qui entrai-nent une hélice de 22 cm de diamètre au pas de 1,8. Que vous dire d'autre, sinon que ceux qui n'avaient pas, ce jour-là, de maquette 66 se sont trouvés bien frustrés ?
Si vous aimez un avion, construisez-en la maquette 66 et en cas de problème, il y aura bien quelqu'un dans vos parages qui vous aidera à le régler. Sinon, écrivez au MRA en gémissant doucement et on trouvera bien une solution (par exemple, un article sur l'ABC du réglage de ces machines). Attention : prochain concours dès la rentrée ! Ce sera le 3 septembre à Montargis que sera décernée la coupe François d'Huc Dressler, au terme de ce second concours.
— Si vous aimez les avions radiocommandés, un coup d'oeil du côté des peanuts et des M66 devrait vous donner des idées plus originales que celles de vos copains. Aux Etats-Unis, les télécommandistes créent de toutes pièces, pour s'amuser et de façon très chouette, des maquettes rares, simples et belles. On comprend mal pourquoi l'importante documentation qui, grâce aux maquettes caoutchouc, est maintenant disponible en France, a encore si peu d'impact dans ce domaine.
— Si vous n'aimez pas les avions, achetez le "modèle réduit de bateau" ; mais c'est quand même sympa d'avoir lu ça jusqu'au bout.
* Ceux-là sont comme les OVNI on en parle plus qu'on ne les voit !
1 — René Jossien Leningradec 69 + 130 = 199
2 — G. Porcher Luton Minor 52 + 42 = 94
3 — Brun (cadet) Stark New Look 45 + 36 = 81
4 — J. L. Dubuc LS 60 42 + 33 = 75
5 — Cartigny Focke Wulf 152 H 32 + 33 = 65
6 — Menget Max William X-28 30 + 25 = 55
7 — Méritte André PAMA 20 + 22 = 42
8 — Cartigny Sparrow 30 = 30
9 — Lognos (cadet) Lacey M 10 20 = 20
10 — Lapierre SE 5A non classé (cassé)
Maquette 66 - Le Léningradec vainqueur présenté par son constructeur René Jossien
Maquette 66 - Le Max William de Christian Menget tenu par son épouse
Maquette 66 - Le Legrand Simon de Jean Dubuc
Maquette 66 - Le Focke Wulf de Jacques Cartigny, excellent dans le vent
Maquette 66 - Construction toujours impeccable d'André Méritte
Maquette 66 - A. Méritte et R. Jossien attendent une accalmie pour lancer leurs modèles (Léningradec et Luton Minor)
Maquette 66 - Brun et son Starck New look
Maquette 66 - Lapierre a réalisé ce SE5a en polystyrène